Le libre-marché n’est pas synonyme de chaos
Il m’arrive souvent de discuter du libre-marché avec des gens qui n’y croient pas. Ce que j’ai surtout remarqué dans ces discussions, ce sont les nombreux préjugés que ces gens entretiennent sur le concept d’un marché libre. La plupart d’entre-eux s’imaginent un monde chaotique où seul la loi de la jungle règne. Si le libre-marché comporte certaines caractéristiques darwinienne, il est tout sauf chaotique. Je me propose ici de discuter de certains de ces préjugés, et si possible, en déboulonner quelques-uns.
La bourse n’est pas l’économie.
Aussitôt que je mentionne le libre-marché, il y en a toujours un qui va commencer à me parler des marchés boursiers et des nombreux rebondissements qu’on y retrouve et comment il serait insensé de dérèglementer ça. Ce serait la fin de ce monde! Nous serions dans un monde où seul la cupidité règne et où les méchants capitalistes seraient libres d’exploiter le petit peuple. Ai-je oublié quelque chose? Enfin bref, les arguments classiques anti-capitalistes. Alors commençons par établir ce simple fait, et je le mets en caractères gras pour être sûr que vous ne le manquerez pas: la bourse n’est pas l’économie. Ce n’est même pas réellement un secteur si important dans l’économie, même si on semble lui accorder une importance hors-proportion. Il est important de garder ce fait en tête, car le but premier de l’économie est de fournir des biens et services, pas d’acheter et vendre des titres boursiers.
Mais, me direz-vous, les récessions ne sont-elles pas causées par la panique causée par les krach boursiers? Non! C’est absolument faux! Les krach boursiers sont un des symptômes d’une récession, ils n’en sont pas la cause. Peu importe les fluctuations du Dow, du TSX, du Nikkei ou du FTSE, ce n’est pas ce qui va mettre une économie en récession. Le marché boursier est une source importante de capitaux, mais il n’est pas le moteur de l’économie. Du même coup, il n’est pas nécessaire, ni même souhaitable que ce marché soit à la porté de tous. Investir à la bourse, qu’elle soit règlementée ou pas, sera toujours risqué. Et le jour où les marché boursiers seront règlementés au point d’en faire des placement sûrs, leur rendement sera devenu minimal. Il est donc futile de le règlementer afin de rendre ce genre d’investissement à la portée du petit investisseur qui risque ses maigres économies, mais de laisser ce marché à ceux qui ont les moyens de prendre ce risque et de se casser les dents.
Le libre-marché n’ouvre pas la porte à la fraude.
On me sert souvent cet argument comme si le fait d’avoir un marché libre impliquait une abolition de toutes les dispositions du code criminel et civil se rapportant aux crimes économiques. Soyons clair. Les avocats du libre-marché abhorrent les fraudeurs autant que vous. Le livre-marché ne rendrait pas la fraude plus ou moins facile qu’elle ne l’est maintenant. Quand on s’arrête à penser que Bernard Madoff a réussi à faire une chaine de Ponzi de 50 milliard au nez et à la barbe de la SEC, on se rend compte que ce n’est pas la loi qui est le problème, mais l’enforcement de cette loi. Dans le cas de Madoff, la seule façon de ne pas se faire prendre était de bien faire ses devoir avant d’investir et se dire que si ça a l’air trop beau pour être vrai, c’est probablement une attrappe. La fraude n’est généralement pas causée par un manque de lois ou de règlementation, mais à un manque de vigilance ou un excès de confiance de la part des victimes. Malgré toutes les bonnes intentions du monde, la police ne peut pas protéger les gens de leur propre stupidité, elle ne peut que poursuivre les fraudeurs après le fait.
Le libre-marché n’ouvre pas la voie à l’exploitation des masses.
Définissez « exploitation »? En retour, je vous définis ce qu’est réellement un marché libre. C’est une économie qui est libre de toute intervention étatique telles que:
- -Subventions
- -Taxes, tarifs et droits douaniers
- -Monnaie fiduciaire
- -Gestion de l’offre ou contrôle des prix
- -Syndicalisme forcé
- -Lobbying
- -etc.
Ces interventions ne sont pas en réalité de la règlementation, mais des institutions qui favorisent les uns au détriment des autres et faussent la loi de l’offre et la demande dans l’économie, causant des effets pervers. Une économie est un environnement en constante recherche d’un équilibre entre des intérêts individuels divergents et convergents. L’intérêts des acheteurs et des vendeurs, l’intérêt des travailleurs et des employeurs, etc. Si un groupe ou un autre tire trop sur la couverture, l’autre se retrouve au froid. On peut soit se chamailler pour savoir qui aura la meilleure part du gâteau, ou laisser l’offre et la demande déterminer la part juste de chacun. C’est comme ça que les prix, salaires et taux d’intérêts devraient être déterminés. Le prix juste est le prix qui équilibre la demande des consommateurs avec l’offre des fabricants. De la même façon, le salaire attribué à un poste ne devrait pas être attribué selon le voeu arbitraire de l’état ou d’un syndicat, mais selon l’équilibre entre le nombre de postes et la main d’oeuvre qualifiée pour le remplir. De la même façon, les taux d’intérêts devraient refléter le point d’équilibre entre l’épargne disponible et la demande en crédit, et non être arbitrairement fixés par une banque centrale pour contrôler l’inflation. Cette recherche de l’équilibre entre l’offre et la demande est ce que nous appelons l’auto-regulation du marché. Lorsqu’on le laisse fonctionner, ce mécanisme fonctionne admirablement bien. Des prix élevés indiquent que la demande dépasse l’offre et stimule la production et même l’ajout de nouveaux compétiteurs pour répondre à la demande. Un salaire trop bas indique qu’il y a un surplus de main d’oeuvre pour ce métier et amènera certains à considérer à changer de plan de carrière. Des taux d’intérêts élevés indiquent un manque de capital dans le marché et encourage l’épargne.
Toute intervention extérieure dans cet équilibre, causera inévitablement des effets pervers. Par exemple, si une convention collective fait hausser les salaires au-delà du point d’équilibre, trop de travailleurs voudront se diriger vers ce genre d’emploi pour les besoins, et ça créera du chômage. La gestion de l’offre du lait restreint l’offre pour augmenter artificiellement les prix au détriment des consommateurs. Les contrôles de prix créent inévitablement des pénuries en stimulant la demande artificiellement Et j’en passe… Ceux qui cherchent à promouvoir ces interventions essaient en réalité de gagner un avantage au détriment des autres. À la racine de tout problème économique, vous trouverez une de ces interventions. Quelques exemples:
- -Chômage: Syndicalisation forcée, salaire minimum, assurance-chômage
- -Inflation: Monnaie fiduciaire, banques centrales
- -Prix anormalement élevés dans un marché particulier: Protectionnisme, gestion de l’offre
- -etc.
Si les prix sont fixés selon leur point d’équilibre, tout le monde gagne; consommateurs et fabricants. Si les salaires sont équilibrés, ça garantit le plein emploi et la répartition efficace de la main d’oeuvre dans tous les secteurs, ainsi que des salaires justes dans tous les métiers et professions. Un équilibre dans les taux d’intérêts garantit la disponibilité de crédit pour l’investissement en capital et une croissance soutenue de l’économie, augmentant ipso facto le niveau de vie de tous. Ce système ne favorise personne en particulier et n’exploite personne. Tout le monde gagne selon ses capacités et son talent.
Le libre-marché est tout sauf chaotique. C’est un système ordonné qui, lorsque laissé à lui-même, s’ajuste automatiquement de seconde en seconde aux besoins de l’économie. Les problèmes que nous rencontrons dans l’économie n’ont jamais été le fait du libre marché mais d’une distortion de marché.










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Nice one…
Mais c’est pas avec moi qu’il faut argumenter, je suis d’accord avec ceci.
Faudrait aller au Manning Center for Building Democracy pour répliquer à M. Harper…
Une chose qui reste à expliquer: Harper et Greenspan savent tout cela.
Harper connait très bien le mouvement libertarien. Greenspan qui était un grand ami de Ayn Rand a écrit à l’époque des choses qu’il renie maintenant par ses gestes et paroles.
Pourquoi ?
Est-ce que ces gens ont compris quelque chose qui les a fait changer d’idée sur le capitalisme ou est-ce qu’ils ont découverts les avantages du pouvoir (l’étatisme ) ?
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@ François,
Je m’en doutais bien, mais je me servais des objections que tu mentionnes dans tes commentaires pour mettre la table… Tu disais que le message des libertariens devrait être changé et tu m’a donné des exemples de renversement psychologique. Peut-être pas une mauvaise idée, mais je préfère attaquer les préjugés de front.
Il faut croire que leurs convictions étaient malléables, sinon dans le cas de Greenspan, il n’aurait jamais accepté de présider la Fed qui est une institution que les purzedurs libertariens rejettent. Il ne faut pas oublier que l’attrait du pouvoir est très puissant. Stephen Harper n’est pas le premier politicien à céder l’idéologie aux réalités politiques et il ne sera pas le dernier.
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La majorité des gens de Wal Street sont des démocrates en puissance.
Alors si la bourse c’était le « libre marché », on est dans le trouble.
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@ Tym Machine
Le problème est que trop de gens associent le libre-marché à la bourse, comme si c’était le seul élément de l’économie. C’est largement là-dessus qu’est basé la fallacie que le libre-marché serait chaotique. Ces gens voient le chaos qui règne souvent dans les marchés boursiers et l’étendent à l’économie en général.
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Il y aurait peut-être deux détails sur lesquels j’accroche dans le système actuel mais pas dans le libre-échange en principe;
- Qu’est-ce que tu fais des compagnies qui achètent leur concurrent et se retrouve en situation soit de monopole, ou soit d’oligopole; pour que la saine concurrence se fasse, plusieurs compagnies sont nécessaires n’est-ce pas?
- « Un salaire trop bas indique qu’il y a un surplus de main d’oeuvre pour ce métier et amènera certains à considérer à changer de plan de carrière. » Tu attribues une rationalité aux gens au-delà de leur rationalité réelle. Tout ce que tu dis marcherait si les gens prenaient des décisions rationnelles; est-ce qu’on choisit son emploi seulement s’il y a des postes à pourvoir? La preuve est faite que non; en pleine crise économique, il y a encore une pénurie formidable pour les postes en informatique, en génie, en sciences appliquées, etc. parce que bien des jeunes décident de s’en aller en sciences sociales ou en droit. Je te vois déjà venir en disant mais on devrait mettre le prix des frais de scolarité en fonction de ce qu’on a besoin, c’est-à-dire que les professions en manque (beaucoup d’offre d’emploi, peu d’étudiants) devraient être moins chers pour susciter les étudiants à s’inscrire et les professions saturées devraient être plus chères pour décourager les étudiants à s’y inscrire. Ça a du bon sens pour le système car ça comble les pénuries mais où est alors la liberté pour l’individu d’étudier dans un domaine qu’il aime. Il y a un jugement de valeurs là-dedans.
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@ Leonard
Le problème est que de se retrouver en position de monopole dans un marché libre où on ne peut employer aucun lobby pour avoir un avantage de la part de l’état, n’est pas aussi simple que ça en a l’air.
Dans un marché où seul règne la loi de l’offre et de la demande, il ne peut exister de monopoles, logiquement, que si un manufacturier, détaillant ou fournisseur de service arrive à satisfaire la demande si bien, que la vaste majorité des consommateurs veulent utiliser leurs produits et services. Si cela n’est pas encore assez difficile à accomplir, pour demeurer un monopole, il doit continuer à gagner la faveur des consommateurs, parce que si rien n’entrave le marché, il y aura toujours quelqu’un qui viendra tranquillement récupérer ses clients et il perdra son monopole. Ici, il ne peut y avoir recours à la force pour maintenir un monopole. La seule entité qui peut initier la force légalement est l’état et tout autre entité qui tente de faire de même sans le concours de l’état est passible de poursuites civiles ou judiciaires. En l’absence de la force de l’état, un monopole est captif de sa clientèle et non le contraire. Un bon exemple est Bell. Pendant des années, Bell a jouit du statut de monopole avec la protection de l’état. Lorsqu’on a dérèglementé le marché des télécommunications, ça a eu deux effets sur Bell. Premièrement, Bell a vu ses parts de marché fondre graduellement pendant que les nouveaux joueurs sur le marché ont commencé à récupérer tous ces clients insatisfaits qui étaient captifs auparavant. Deuxièmement, je suis assez vieux pour me souvenir que Bell, comme, monopole n’était pas très innovateur. Lorsque Bell était le seul endroit où se procurer un téléphone (en location, en plus) le choix de modèle était restreint à seulement 3 ou 4 modèles au plus. Et si leur style était moderne, la technologie en dessous datait des années 40. Il a fallu que des détaillant comme Radio Shack viennent offrir d’autres choix sur le marché pour qu’on se retrouve enfin avec un peu d’innovation dans ce domaine, notamment la téléphonie sans fils. Maintenant, Bell doit faire des pieds et des mains pour conserver sa part de marché. Ils on dû améliorer leur réseau, diversifier les services qu’ils offrent (cellulaire, satellite, internet, téléphonie ip, télévision ip) et malgré tout ça, ils n’arriveront jamais à regagner leur monopole d’autrefois. Toutes ces choses ne se seraient jamais produites si Bell avait conservé son statut de monopole, protégé par les règlementation du CRTC.
Dans un marché sans entrave, peu importe quelle grosseur une compagnie peut atteindre, rien n’empêche d’autre joueurs de venir lui faire compétition, tant qu’il y a suffisamment de clients insatisfaits pour les faire vivre. Je sais que c’est difficile à accepter, puisque nous n’avons jamais eu ce genre de liberté. Historiquement, aucun monopole ou oligopole n’a réussi à s’imposer sans une protection quelconque de l’état. Je te défie d’ailleurs de m’en trouver un. Les monopoles ne sont pas un élément naturel dans un marché libre.
Est-ce qu’on peut s’entendre pour dire que si on agit de la sorte, on choisit volontairement d’être au chômage? Et dans un marché libre, il n’y a pas de BS ou d’assurance-chômage. Faut avoir les moyens de s’obstiner à étudier dans un domaine qui n’a pas de débouchées.
Notre position est que chaque choix comporte des conséquences, si tu choisis la mauvaise profession ou le mauvais métier, tu dois en assumer les conséquences d’un salaire moins élevé. La liberté de choix c’est ça.
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« Croire » au libre-marché… crois-tu qu’il existe?
Le problème, c’est que plusieurs confondent aussi libre-marché avec « laissez faire ». En fait le gouvernement doit intervenir, l’État doit être assez fort pour instaurer des politiques qui permettent ce libre-marché, entre autres pour favoriser la compétition, éviter la concentration de pouvoir, baisser les barrières à l’entrée, etc. Le libre-marché n’est « naturel », et beaucoup d’oligopoles se développent sous le laissez-faire…
Une réfutation classique de l’aspect « naturel » du marché: la Grande transformation de K. Polanyi
Secundo, le problème c’est la croyance en l’équilibre (particulièrement l’équilibre macroéconomique) qui est contesté. Dans un monde parfait, peut-être que le libre-marché serait la meilleure solution. Dans un monde imparfait, où des choses comme le « pouvoir » et la « société » existent, on peut soit trouver des politique qui rendent ce monde moins incertain, plus vivable pour la majorité, soit faire semblant de vivre dans un monde déjà parfait et être surpris quand tout l’édifice s’écoule.
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@Juister
Le libre-marché existe depuis bien avant que l’état ne décide de s’en mêler. Le développement de la monnaie pour les échanges commerciaux en est un bon exemple. Il n’y a pas eu de monarque qui est venu imposer l’usage de la monnaie, elle s’est développée spontanément du troc. La seule chose que le libre-marché a besoi de la part de l’état est la loi et l’ordre pour punir la fraude et le vol. Quant aux oligopoles et monopoles, si vous faites un peu de recherche, vous verrez qu’ils sont généralements favorisés par une quelconque intervention de l’état.
Le libre-marché ne nécessite pas un monde parfait. Le système de prix qui le régit arrive à coordonner de milliards d’intéractions parfaitement bien sans qu’aucune intervention extérieure ne soit nécessaire. Il compense pour les imperfections de ce monde tout seul.
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