Solutions libertariennes: L’assurance-emploi

Je serai le premier à avouer que la première fois que j’ai entendu parler de libertarianisme, j’étais un peu réfractaire à la notion d’absence d’État, ou même de le réduire à des fonctions régaliennes. J’avais de la difficulté à me l’imaginer. J’imagine que la réaction est normale. Nous sommes tellement conditionnés à la présence de l’État dans nos vies que nous avons une grande difficulté à imaginer les choses autrement. Ça explique probablement pourquoi il y en a beaucoup qui sursautent lorsqu’on essaie de vendre l’idée. Je serai le premier à admettre que mes confrères libertariens et moi sont très volubiles dans la critique de l’État et très avares de solutions de rechange concrètes. Je prend donc acte de certaines critiques récentes et je me propose de présenter le libertarianisme de façon «pratico-pratique» afin de répondre à la question: «à quoi ressemblerait un état libertarien?» Par contre, par État libertarien, je vais ajouter un petit quelque chose à la définition classique d’un État minarchique pour dire qu’en plus des fonctions régaliennes, on peut admettre que le gouvenement puisse intervenir dans les cas d’exception où des solutions de marché ne sont pas applicables. Mon objectif: présenter des exemples concrets de solutions de remplacement à des fonctions présentement prises en charge par l’État. Je compte donc vous présenter une série de billets, chacun traitant d’une fonction particulière à remplacer. Je crois que ça pourrait être un exercice intellectuel intéressant. Sans plus tarder, je vous présente le premier billet de cette série: L’assurance-emploi.
Avant de penser à des solutions alternatives, il est essentiel de faire un bref survol du système actuel. Présentement, un certain montant proportionnel à vos revenus est prélevé de votre chèque de paie par le gouvernement et lorsque vous avez travaillé un minimum de 420 à 910 heures (peut varier selon la région), vous pouvez ensuite, si vous perdez votre emploi, recevoir des prestations de 55% du montant moyen de vos paies des 52 dernières semaines jusqu’à un maximum de $435/semaine pendant une période allant de 14 à un maximum de 45 semaines. Par contre, vous ne serez pas elligible à des prestations si vous quittez votre emploi volontairement ou que vous êtes congédié pour inconduite. De plus, certains emplois ne sont pas elligibles à l’assurance-emploi.
Alors, comment remplacer ce régime par un autre qui n’est pas géré par l’État? Je vous renvoie la question en demandant: Que faisait-on avant l’A-E? Réponse: On épargnait. On économisait pendant les années de vache grasse pour survivre les années de vache maigre. C’est d’ailleurs ce que ceux qui ne sont pas elligibles à l’A-E doivent faire. Ça revient en réalité à une de nos grosses lacunes sociétales: la planification financière. La plupart d’entre-nous n’ont jamais appris à gérer leurs finances. Étonnant, mais il n’y a aucun cours au secondaire pour apprendre à gérer nos finances personnelles et en fournissant des régimes comme l’A-E, l’État nous enlève le besoin de bien planifier nos finances. Résultat: la plupart d’entre-nous sont endettés et très dépendents de l’État si les choses tournent mal. Un autre effet pervers de l’A-E est que beaucoup y contribuent, mais un pourcentage très élevé de travailleurs ne toucheront jamais de prestations, ou très peu, leurs contributions au programme perdues. La plupart d’entre-nous ne retirent jamais de l’A-E autant que nous en payons.
Alors, pourquoi pas un Régime d’Épargne-Emploi? On pourrait avoir divers plans offerts par des institutions financières et des planificateurs financiers qui permettent d’épargner en vue d’une perte soudaine d’emploi, d’un congé parental, d’un retour aux études, etc. Au lieu de contribuer au régime étatique à chaque paie, on pourrait avoir la même somme prélevée de son compte de banque à chaque paie. Comme les REER, il pourrait concevablement être exempt d’impôt. L’avantage réside dans le fait que ça demeure votre argent à vous, ce qui veut dire que si vous ne vous retrouvez jamais sans emploi, l’argent accumulé peut servir à votre retraite. L’autre avantage est qu’il n’y aurait aucune règle d’admissibilité: c’est votre argent. En plus, si ça fait plusieures années qu vous accumulez dans le plan, vous pourriez faire des retraits de plus que 55% de votre salaire ou en avoir pour plus longtemps que 45 semaines. Les employeurs pourraient même offrir ce genre de régime dans leurs bénéfice sociaux, comme ils le font pour des REER.
Vous voyez, si on se force les méninges un peu, on peut trouver le moyen de faire les choses sans le concours de l’État, ou du moins avec très peu d’intervention étatique. Il n’est pas nécessaire de toujours se tourner vers l’état pour tout. Dans les prochains billets, je proposerai des solutions de remplacement pour d’autres programmes gouvernementaux au fur et à mesure que j’en trouve (J’en ai déjà un ou deux autres en vue). Si vous avez des suggestions ou des critiques constructives, ne vous gênez surtout pas.









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C’est une très bonne idée. J’avoue que j’avais très peur que tu proposes une assurance-emploi privée…
Bravo! Je n’ai aucune critique à faire.
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@Renart L’éveillé:
J’avoue que j’ai considéré un plan d’assurance-emploi privé, et cette solution demeure une solution viable. Elle comporterait certains avantages pour les petits salariés qui font leur entrée au marché du travail. Mais à long-terme, le régime d’épargne emploi semblait plus élégant dans sa simplicité.
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Je pense aux problèmes qu’ont certaines personnes à recevoir des argents par les compagnies d’assurances…
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Contrairement au REER qui s’accumule souvent sur plus de 25 ans et qui n’est utilisable qu’après 55 ans, le besoin pour un revenu d’assurance-emploi est imprévisible. Admettons que je commence à cotiser dès mon entrée au travail à 20 ans à raison de 100$ par mois (ce qui est quand même conséquent, le revenu mensuel moyen brut étant de 2000$). Je perds mon emploi à 25 ans, j’ai donc accumulé 6000$ (avant intérêt). Si je désire rester au même niveau de revenu qu’avant ma perte d’emploi, j’ai 3 mois de revenus. À 55%, c’est 5 mois et demi. Si je suis chanceux, je me retrouve un emploi et je dois recommencer à cotiser. Ça fait beaucoup de si… les pertes d’emplois sont fréquentes dans les secteurs de bas salaires (manufacturier, commerce au détail) sans même parler du travail saisonnier. Se trouver un nouvel emploi dans ces secteurs n’est pas une garantie que je pourrai le conserver plus longtemps que le précédent.
Je ne suis pas contre ton idée, mais je trouve qu’elle s’adresse principalement à une clientèle qui n’aura jamais besoin de l’assurance emploi de toute façon. Quelqu’un qui peut se permettre d’épargner 10% de son salaire par année gagne largement plus que le salaire moyen. Son éducation lui permet généralement de conserver son emploi, ou d’être plus facilement réemployé en cas de chômage.
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@Nicolas Racine:
Effectivement, Je conviens qu’il y aura toujours des cas d’exception mais ce n’est qu’une minorité de gens qui auront besoin de leur régime d’épargne-emploi pour plus que deux ou trois mois à la fois. Dans ma carrière du moins, je ne me souviens pas avoir passé plus de 3 mois au chômage, même au creux d’une récession. Ce que tu mentionne est effectivement ce qui serait plus avantageux dans un plan d’assurance-emploi privé, car il ne tiendrait pas compte du capital accumulé. Par contre, à plus long terme, l’épargne-emploi est plus avantageux. Ce que je voulais surtout démontrer c’est qu’un gouvernement réduit ne signifierait pas nécessairement une absence de filet social, comme bien des gens le craignent. Il existe des moyens d’avoir un filet social sans intervention de l’État.
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@Renart L’éveillé:
Exactement pourquoi j’ai favorisé la formule plan d’épargne, plutôt que l’assurance.
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Le problème que je pourrais soulever relève en partie d’ouïe-dires d’un pays où ce système est preque mis en place de façon pratique: les États-Unis. Tout comme dans le cas des régimes de retraite, peu de gens sont assez prévoyants pour mettre de l’argent de côté, puisqu’ils auront une grosse tendance à vouloir utiliser leurs fonds dans l’immédiat, pour des petits bonus. Même si les institutions financières offrent ce service, je connais peu de gens qui s’en prévaudraient spontanément.
Je suis moi-même adepte de l’épargne, ayant plusieurs placements malgré mon âge relativement jeune, mais j’ai quand même des doutes sur la solution avancée. On pourrait bien sûr me dire qu’à ce stade, le problème relève des individus imprévoyants. Cela nous ramène au débat de fond sur le libertarianisme: l’espèce humaine est-elle assez bien faite pour fonctionner de cette manière?
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@Alexis St-Gelais:
Le problème est qu’avec des programmes comme l’assurance-emploi et l’assistance sociale, le gouvernement déresponsabilise les citoyens (je sais que je le dis souvent) de bien planifier leurs finances, ce qui est malsain en réalité. Le résultat est une société de surconsommation et d’endettement où l’épargne est souvent découragée. Ce que je propose est de remettre aux citoyens la responsabilité de leur propre planification financière. Le rendre obligatoire serait malheureusement contre l’esprit du libertarianisme qui n’admettrait pas de coercition étatique, même pour sauver les plus idiots d’eux-même. J’aime à croire que la plupart seront assez intelligent pour utiliser un tel plan, sachant qu’il n’y a pas d’autre altenative.
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L’État a le dos large mon Phil ! Maintenant, il est responsable de la surconsommation ! celle-là, je la trouve un peu forte. Est-ce que le secteur privé n’a pas un intérêt immédiat à ce que les gens épargnent le moins possible ? La croissance de leurs entreprises dépend de la consommation individuelle, donc ils essaient d’inciter les gens à dépenser le plus possible: publicité, crédits, etc. Le maintien des taux d’intérêts à des niveaux aussi bas n’est pas un gros incitatif non plus, hein ?
Faudrait quand même faire une fixation morbide sur l’État, source du mal !
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@Nicolas Racine:
L’État n’est pas le seul responsable, mais il n’aide pas. Au fait, qui contrôle les taux d’intérêts?
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@Nicolas Racine:
En fait, le meilleur exemple est la crise immobilière actuelle aux États-Unis, qui a été causé autant par les taux d’intérêt artificiellement bas de la Federal Reserve que par la spéculation.
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Les banques centrales ! Elles sont théoriquement indépendantes du pouvoir politique et obéissent aux principes monétaristes. Sauf que depuis plus de 10 ans, les BC soutiennent une croissance axée sur la consommation et l’épargne est en recul partout en occident.
J’épargne de mon côté (REER, REEE) mais les rendements sont extrêmements faibles, alors on place nos sous ailleurs, ou on consomme.
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@Nicolas Racine:
Théoriquement indépendantes du pouvoir politique, mais faisant partie de l’appareil étatique néanmoins. La politique monétaire de la Fed a aussi été en grande partie responsable de l’effondrement du système bancaire après le krach boursier de 1929. Sans ça, ça n’aurait été qu’une correction de marché à la bourse avec un impact limité sur l’économie.
Tes REER sont basés sur des investissement à faible risque?
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@Renart,
« Je pense aux problèmes qu’ont certaines personnes à recevoir des argents par les compagnies d’assurances… »
Penses-tu que les gens dans la vie n’ont pas autant sinon plus de problèmes à être remboursés par l’état?
Prenons le cas du déluge au Saguenay, les assureurs ont payé pour tous ceux qui étaient assurés à quelques exceptions près de cas FLAGRANTS de fraude (il fallait pas être super brillant, curieusement, tout le monde avait des congélateurs au sous-sol pleins à ras-bord de fruits de mer et de steak…il faut donner le bénéfice du doute) alors que certains non-assurés attendent toujours encore après leur chèque.
Pour ce qui est de l’assurance-emploi actuel, ne trouvez-vous pas que ça ressemble en tout point à ce qu’une compagnie d’assurance pourrait exactement offrir?
La preuve, la caisse a enregistré des surplus au cours des dernières années ce qui se serait traduit en profit pour une compagnie privée et à une augmentation de la valeur marchande des actions et peut-être aussi un petit bonus sur le dividende qui sait…
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@Tym Machine: Bon point.
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Je m’excuse de ramener ça en haut après quelques mois. J’ai lu ce soir une manchette, disant que les Danois qualifiés sont de plus en plus nombreux à souscrire à l’assurance-chômage. J’ai fait quelques recherches sur Google, pour m’apercevoir que c’est une mesure volontaire et que les compagnies se magasinent selon les secteurs professionels. Et, un Danois au chômage a droit à 90% de son salaire en prestations pendant un maximum de 4 ans!
http://www.finansforbundet.dk/images/english/about_unemployment_fund.pdf
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