Les conditions gagnantes ou le manifeste pour un Québec libre et lucide

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Intriguant comme titre pour quelqu’un qui se dit fédéraliste, non? Continuez de lire et vous comprendrez.

Depuis le début de la semaine, j’observe en spectateur une guéguerre entre blogues souverainistes déclenchée par Louis Préfontaine, l’Homme en colère, dans une attaque virulente contre le blogue Angryfrenchguy et qui s’est répandue comme une trainée de poudre dans la blogosphère et s’est soldée par la dissociation de Renart l’Éveillé de UHEC et un échange assez corsé entre Louis et Alain B. du Petit Emerillon. Pour moi qui entretient une certaine animosité avec Louis et son blogue-poubelle, je dois avouer que le conflit a été plutôt divertissant à observer et je félicite particulièrement Renart et Alain B. pour leurs positions intègres face à l’extrémisme de Louis. En marge de ce conflit, j’ai aussi tenté d’en profiter pour débattre le projet souverainiste avec certains des principaux intéressés, mais à part pour quelques insultes, les réponses furent sans grand enthousiame, à mon grand chagrin.

Durant la semaine, j’ai fait une petite réflexion au sujet de l’indépendance du Québec et de ma propre position dans ce débat. Aussi incongru que cela puisse paraitre(pour un fédéraliste), je ne suis pas contre l’idée de l’indépendance du Québec comme tel et mon opposition à cette indépendance n’est pas vraiment le résultat d’un grand attachement au ROC. Ne me méprenez pas, je crois que le Canada est un pays formidable et j’ai toujours été fier d’ètre canadien, mais je suis également fier d’être québécois et fier de mes racines françaises et soucieux également de mon héritage. Cependant jusqu’ici je n’ai tout simplement pas entendu suffisament d’arguments pour me rallier à la cause souverainiste. Le problème pour moi est que bien que les indépendantistes (et j’utilise ce terme en déférence du fait que j’ai ouït-dire que c’était le terme que les partisans de l’indépendance préfèrent pour les désigner) parlent souvent du concept de projet de société et de se bâtir un pays; jusqu’ici, je n’ai pas vu de description de ce projet de société qui viennent me chercher par les trippes. Peut-être en est-il de même avec le reste du 40% de francophones, qui comme moi, ont voté non au référendum de 1995?

En fait, ce qui me désole le plus est que pour la plus grande part, les arguments indépendantistes carburent sur l’émotion plutôt que la raison et que ces émotions sont la peur et la haine. La peur de l’assimilation et de la disparition du français et la haine de l’anglais. Je crois qu’il est important de protéger le français et que les lois que nous avons déjà sont suffisantes pour le faire, mais nous devons rester vigilants et continuer de promouvoir notre langue afin que les néo-québécois l’adoptent. Je ne crois cependant pas en la coercition négative mais je dois donner raison à Louis sur un point (avec grande réticence): nous sommes souvent trop accomodants. Je ne peux pas non-plus appuyer l’anglophobie prêchée par certains. Croyez-moi, je connais toutes les raisons historiques qui sont à la source de ce ressentiment et je les comprend. J’ai toujours été un fanatique d’histoire et je connais la nôtre très bien. Mais à un certain moment donné, il est temps de lâcher prise. Oui, ils nous ont conquis et ont tenté de nous assimiler, mais non, ils n’ont pas réussi, et il est difficile de concevoir qu’ils puissent y arriver maintenant. Il y aura toujours cet île de francophonie en Amérique du Nord, tant que nous serons prêts à la défendre; que ce soit à l’intérieur du Canada, ou non. Je crois aussi que si notre conviction est forte, notre langue ne devrait pas craindre la compétition. L’anglais est peut-être la langue de l’envahisseur, mais elle est maintenant la langue universelle du commerce et de la diplomatie. Refuser de l’apprendre et de la parler équivaut à un repli digne de l’époque de la grande noirceur et nous ne voulons pas vraiment retouner là. Ce n’est que ma propre opinion et probablement naîf de ma part, mais je trouve que la peur et la haine sont une très mauvaise fondation pour la construction d’un pays. Je me dis que ça prendrait une meilleure raison. Au contraire, en faisant ma petite liste des pour et contre, j’aboutis inévitablement à plus de contre que de pour. Laissez-moi vous expliquer mon raisonnement et je vous jure, que ce ne sera pas la propagande « fédéraleuse » habituelle (comme diraient certains).

Malgré les prétentions de certains qui croient dur comme fer que le Québec a été gouverné à droite pendant les 25 dernières années, je prétend plutôt qu’il a été gouverné plus à gauche du centre qu’à droite et d’une façon fiscalement irresponsable par tous les partis confondus. Avant qu’on me fasse remarquer que l’ADQ est un parti de droite et n’a pas encore gouverné et qu’ils feraient mieux; l’ADQ est encore un one-man show, mené par un populiste qui est plus intéressé à gagner des votes en disant tout ce que le monde veut entendre que d’apporter de véritables solutions. Point final là-dessus. Pourquoi dis-je donc que le gouvernement gouverne à gauche? Parce qu’un véritable gouvernement de droite aurait probablement réformé notre système fiscal, restructuré la fonction publique, réformé la santé , coupé les subventions agricoles et aux industries moribondes, etc. À la place, nous avons eu une succession de gouvernements qui n’ont fait qu’alourdir le fardeau fiscal des québécois et hypothéquer leur futur en contractant un déficit énorme pour financer des services sociaux trop onéreux pour nos moyens, tout en n’appliquant aucune rigueur dans ses dépenses et qui se sont vautrés dans le keynésianisme à outrance. Ça aussi est une bien piètre base pour la construction d’un pays.

Un autre problème qui m’empêche de voter oui est que que nous avons une affreuse tendance à soviétiser tous nos projets collectifs. Il ne suffit que de regarder l’état de notre service de santé, de nos infrastructures, de l’éducation, de notre bureaucratie en général et l’état lamentable dans lequel les fusions et défusions ont laissé les municipalités de Montréal et sa Rive-Sud pour s’en convaincre. Et ça mes amis, me donne un frisson dans le dos quand j’essaie d’imaginer un Québec indépendant. Comment peut-on songer à bâtir un pays en traînant autant de boulets? Dans quel merdier allons-nous nous retrouver? Nous faisons de la nage sur-place et nous arrivons à grand peine à garder la tête hors de l’eau!

Actuellement, lorsqu’on me parle du projet souverainiste, tout ce que je peux m’imaginer est un Québec moribond, replié sur lui-même, croulant sous les dettes avec des habitants surtaxés plutôt qu’un Québec fier et libre, ouvert au monde et prospère. Parce que pour que notre Québec soit la dernière description plutôt que la première, nous devrions songer à régler ces problèmes avant de faire l’indépendance et que présentement, je ne vois aucun politicien avec la vision ou les couilles de le faire.

Stéphane Laporte a déjà, dans un de ses textes, comparé le Québec à un Tanguy qui se complait au domicile de ses parents au lieu de voler de ses propres ailes. Sauf que comme un enfant-velcro, le Québec profite du fait d’avoir un toit garanti sur la tête avec paiements de péréquation en sus pour vivre au-dessus de ses moyens et ce faisant, il a développé de très mauvaises habitudes qui entraineront de sérieuses conséquences quand il quittera le nid fédéral. Avant de le faire, il faudrait faire un sérieux coup de barre et remettre les choses en ordre, si nous ne voulons pas retourner au ROC quelques décennies plus tard bredouilles. Nos parents constitutionnels ne voudront probablement pas nous tirer d’affaire.

Si un jour nous avons un gouvernement qui saura instaurer un régime d’impôt à taux fixe, réformer le système de santé avec l’emphase sur les besoins du patient plutôt que ceux du système, restructurer la bureaucratie pour maintenir notre filet social sans nous surtaxer, ressortir les municipalités du Montréal métropolitain de leur bourbier structurel et assurer que nos enfants ne seront pas illéttrés fonctionnels en sortant du secondaire; j’aurais la confiance de dire oui, nous pouvons nous tenir debout la tête haute et construire un pays dont nous pouvons être fiers. En attendant, j’ai peur un peu…

Mise à jour: 3 Mars 2008

J’ai laissé passé la fin de semaine. J’ai constaté qu’un bon nombre de visiteurs ont lu ce billet. J’espérait voir des indépendantistes commenter, mais il semble que je les ai laissés pantois. Merci à ceux qui ont laissé un commentaire.

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A propos de l'auteur

Philippe

Mon nom est Philippe. J'habite sur la rive sud de Montréal. Je suis un technicien en informatique qui aime discuter de toute sorte de sujets. Bienvenue sur mon blogue!

6 Réponses à “Les conditions gagnantes ou le manifeste pour un Québec libre et lucide”

  1. Philippe,
    J’aurais voulu trouver l’inspiration et écrire ce texte. C’est exactement ce que je ressens par rapport à l’indépendance du Québec et la défense du français.

    Encore une fois, BRAVO !

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  2. Merci Ivellios. Je suis content de savoir que je ne suis pas seul dans mon coin. ;)

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  3. Tu veux dire qu’il y en a parmis nos amis gauchistes qui affirment sérieusement que le Québec a été gouverné à droite ces 25 dernières années?!!!! …et qui croient que la souveraineté lui permetrait d’être gouverné encore plus à gauche qu’il ne l’a été???!!!

    Mais c’est du délire!

    Pas étonnant que j’aie tant de difficulté à discuter avec eux… on ne vit pas sur la même planète.

    Désolé… ce n’est pas très constructif… mais je suis sidéré.

    Bravo pour le texte, Philippe… bien que je trouve que le taux d’imposition unique soit une solution un peu trop simpliste et radicale étant donnée la situation réelle du terrain… je partage majorité de tes analyses. Il semble qu’on m’ait étiqueté souverainiste ces derniers temps… sauf que je suis plutôt comme toi… on ne m’a pas convaincu que ça donnerait quelque chose de significatif. La différence pour moi est que lorsque je pèse le pour et le contre… mon résultat est nul. Le lendemain d’un référendum gagnant… rien a changé. Nous ne somme absolument pas plus unis sur les moyens à prendre pour construire l’avenir… gauche, droite, langue… la chicane reprend.

    C’est pourquoi je trouve que ceux qui se préoccupent de « l’avenir de la nation » ne se pose tout simplement pas les bonnes questions… Je suis plus interessé par les moyens à prendre pour obtenir des résultats concrets dans la vraie vie que de débattre d’une société qui n’existe que dans les sphères platoniciennes de l’utopie « indépendantiste ».

    Je soupçonne que nos amis souveraino-gauchistes souffrent d’une sorte de pensée religieuse analogue à celle des jihadistes et autres fondamentalistes qui présupose l’existence d’un monde idéal empeché de manifestation par des force maléfiques à abbatre et contre qui, étant donné l’ampleure du crime à leurs yeux (celui d’empêcher l’utopie salvatrice) tout les coups sont permi.

    Bon… je m’étire et je divague.

    Merci pour le texte… il m’a fait réfléchir.

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  4. @ Alain

    Tu veux dire qu’il y en a parmis nos amis gauchistes qui affirment sérieusement que le Québec a été gouverné à droite ces 25 dernières années?!!!! …et qui croient que la souveraineté lui permetrait d’être gouverné encore plus à gauche qu’il ne l’a été???!!!

    Mais c’est du délire!

    Je te donne trois chances pour deviner celui qui a dit ça… ;)

    La différence pour moi est que lorsque je pèse le pour et le contre… mon résultat est nul. Le lendemain d’un référendum gagnant… rien a changé. Nous ne somme absolument pas plus unis sur les moyens à prendre pour construire l’avenir… gauche, droite, langue… la chicane reprend.

    Je crois que le problème est que nous avons un manque de vision chronique. Il n’y a pas de leader visionnaire pour faire ce qui s’impose pour aller chercher ceux qui sont encore réticents comme nous.

    C’est pourquoi je trouve que ceux qui se préoccupent de “l’avenir de la nation” ne se pose tout simplement pas les bonnes questions… Je suis plus interessé par les moyens à prendre pour obtenir des résultats concrets dans la vraie vie que de débattre d’une société qui n’existe que dans les sphères platoniciennes de l’utopie “indépendantiste”.

    Mon impression est qu’ils jouent à l’autruche en disant « Lorsque nous seront indépendants… », alors que nous avons déjà les outils nécessaires pour régler les problèmes que j’ai énumérés.

    Bon… je m’étire et je divague.

    Tes divaguations sont plus sensées que les affirmations de bien d’autres en pleine possession de leur moyens. Tu peux divaguer ici n’importe quand … :)

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  5. Je le dirai tout de suite: je ne suis pas aussi à droite que toi… je me définis plutôt comme pragmatique qui essaie d’allier émotions et raisons, ce qui donne parfois des choix de gauche, d’autres fois plus à droite. Je survis bien avec cela. Étant un ex-indépendantiste, je trouve que tu décris très bien la situation dans laquelle le Québec est. Le problème est ceci: Québec endetté, relativement pauvre si on prend d’autres provinces canadiennes pour le comparer (mais pas le Zimbabwe non plus.) Il faut avoir une santé financière saine avant de quitter le Canada. Or les souverainistes utilisent le prétexte de sortir du Canada pour ensuite régler les choses.

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  6. @Leonard Langlois:

    Je ne crois pas que l’indépendance a à voir avec l’idéologie de gauche ou de droite. Je me rallierait avec un Québec indépendant centriste. Mais côté pratique, il faudrait que nous aillons une meilleure gestion des finances publiques avant de songer à faire l’indépendance, ce que les intellectuels gauchistes semblent avoir de la difficulté à comprendre.

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