Le chemin de l’Enfer est pavé de bonnes intentions.
C’est ce billet sur Antagoniste.net qui m’amène à faire une petite réflexion sur notre attitude envers le travail juvénile dans les pays défavorisés. Je ne dirai pas que je suis en faveur de cette pratique, en réalité je ne le suis pas. Mais avant de juger, il faut mettre ça dans le bon contexte. Qu’un enfant de moins de 16 ans soit forcé au travail ici au Québec serait totalement inacceptable. Le contexte économique ici est tel, qu’il n’est plus vraiment nécessaire que nos enfants nous prêtent main-forte pour équilibrer le budget familial. Ce n’était cependant pas le cas à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle. Si vous n’avez jamais abordé cette question avec vos parents et grand-parents, ils vous raconteront probablement comment cette situation a déjà été courante ici.
Né en 1912, un mois à peine avant le naufrage du Titanic, mon grand-père maternel, issu d’une famille de 23 enfants, a dû quitter l’école à l’âge de 11 ans pour aider à nourrir sa nombreuse famille auquel le maigre salaire de son père ne pouvait subvenir. C’était là une situation qui était loin d’être hors du commun dans le quartier de St-Henri à l’époque. Il a commencé à travailler pour le CN (qui s’appelait Grand Tronc à l’époque) comme « call boy » parce qu’il était trop petit pour poser des rails. Plus tard, il a travaillé sur les locomotives comme chauffeur (celui qui alimentait la fournaise) et comme ingénieur (qui conduit la locomotive). Il a travaillé dur pour que ma mère puisse avoir une éducation. J’étais toujours fasciné lorsqu’il me racontait son histoire. Il incarnait une petite partie de l’histoire du chemin de fer de notre pays. Je ne l’ai jamais oublié. Par contre, je me demande comment lui et sa famille auraient pu survivre, si lui et ses frères n’avaient pas pu travailler avant l’âge de 16 ans. Aurait-il été réduit à mendier? Ou pire ? Aurait-il réussi à sortir de sa pauvreté?
C’est certain que lorque nous entendons parler d’enfants qui sont forcés de travailler dans des pays comme le Bengladesh, nous ne pouvons nous empêcher de penser qu’ils se font exploiter, et dans une certaine mesure, ils le sont. Mais leur situation économique est très similaire à la nôtre, à l’époque de mon grand-pêre. Ils ont des familles nombreuses que les parents n’arrivent pas à nourrir d’eux-même. Pour ces enfants, le travail est une question de survie, comme ce l’était pour mon grand-père et très probablement le vôtre. La pensée magique voudrait que nous libérions ces enfants de l’asservissement en boycottant les produits qu’il fabriquent ou en forçant leur gouvernement d’interdire leur travail. Mais s’il ne peuvent pas travailler dans une usine quelconque, que feront-ils pour nourrir leur famille? Ils vivront toujours quand même dans un état de pauvreté extrême et nous leur aurons enlevé le moyen de s’en sortir sans leur donner d’alternative. Les conditions de travail dans les usines de textile, par exemple, sont loin d’être attrayantes, mais elles sont de loin meilleures que la prostitution ou la pornographie, ou mendier dans la rue. Pour l’instant, c’est la seule alternative qu’on laisse à ces enfants en attendant que la croissance économique permettent que la majorité de leurs enfant puissent jouir de l’éducation et la richesse que nous prenons pour acquises.










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Je suis d’accord que c’est plus complexe qu’on le laisse croire, cependant, il y a un véritable commerce d’esclavage d’enfants dans le monde. Peut-être si on éliminait les esclaves, le marché serait contraint de payer des meilleures salaires. C’est certain qu’il y n’a pas une relation directe entre les deux, mais c’est certain que l’esclavage n’aide pas.
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Je crois que l’éthique n’est pas malléable, surtout quand le travail de ces enfants est assujetti à nos désirs de luxe à bas prix.
Ce n’est pas en regardant la situation avec fatalisme que ces enfants vont un jour aller à l’école au lieu de mendier.
C’est comme avec la cigarette, maintenant on sait.
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@ Suzanne
Il faut effectivement faire la distintion entre le travail rémunéré et l’esclavage. L’esclavage, avec la prostitution et la pornographie, est souvent une conséquence du manque de travail chez ces enfants. Ils sont kidnappés dans les rues, ou ils peuvent être vendus par leur parents qui, incapable de subvenir à leurs besoins, espère qu’ils auront une meilleure vie ainsi. Ce n’est généralement pas le cas.
@Renart
Pour eux ce n’est pas une question d’éthique, c’est une question de survie. L’éducation devient secondaire quand il faut travaller pour son prochain repas. Nos désirs de luxe sont ce qui les aide à sortir de leur pauvreté. Sans ça, ils sont effectivement réduits à mendier et se prostituer. Ce n’est pas quelque chose que j’invente. C’est ce qui se produit maintenant.
Ce n’est pas du fatalisme que de reconnaitre que le problème est plus complexe qu’il n’en a l’air et que de vouloir le régler à coup de boycotts relève de la pensée magique et que leur problème de pauvreté ne se règlera pas du jour au lendemain.
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L’éthique à laquelle je fais référence ne fait pas référence à « eux », mais bien à « nous », car je sais bien qu’il faut qu’ils survivent, là n’est pas la question. Par contre, je n’accepterai pas de me faire dire que j’ai tord de m’insurger contre cet état de fait en me faisant expliquer en plus leur situation, car je la connais. Dans ce cas, pour moi le pragmatisme prend le bord… S’il y a bien une doctrine à laquelle je crois avec acharnement, c’est bien que l’éthique doit dominer le monde.
Et il n’y a pas de pensée magique, juste un désir de changer notre rapport au monde. Et d’accepter cette situation est de la complaisance et du déni envers les problèmes que provoque notre style de vie. Je fais ma part pour m’améliorer, tu fais sûrement ta part aussi, mais il faudra que tout le monde la fasse, et toujours plus. Le progrès humain devrait aller dans ce sens-là.
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Sans vouloir généraliser, me basant sur le commentaire ci-haut et les interventions gauchistes sur Antagoniste, je me riquerais à faire une observation: Il me semble que les penseurs gauchistes ici et sur Antagoniste, semblent avoir une pensée très binaire sur ce sujet. C’est bien ou mal, noir ou blanc. Il semble ne pas y avoir de place pour des nuances. Or, dans la vraie vie, lorsqu’on fait face au choix d’envoyer ses enfants travailler dans une fabrique de textile pour pouvoir les nourrir et les habiller ou de les envoyer mendier dans la rue ou se prostituer parce que sans ces revenus, ils n’arrivent pas à se nourrir convenablement, encore moins de pouvoir acheter des fournitures scolaires; on ne choisit pas entre bien et mal, on choisit le moindre mal.
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L’éthique à laquelle tu fais référence est souvent perçue par « eux » comme étant une volonté de les garder dans la pauvreté. Je suis certain que ce n’est pas ton intention, mais c’est la conséquence de tactiques comme le boycott. La véritable solution à long terme passe par le développement économique. C’est ce qui nous a permis ici de mettre fin au travail juvénile.
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On a le choix de parler du général ou du particulier. Moi, ce que je lis ici, c’est que le particulier sert de justification pour le général : le problème du travail des enfants est un moindre mal puisqu’il s’inscrit dans une logique systémique qui inscrit notre société dans le haut de la chaine alimentaire, si je puis utiliser cette image.
Si de réduire mon regard à celui des gauchistes et à une binarité est plus pratique pour ton argumentation, soit! Mais je pose la question de l’éthique pour arriver à en faire ressortir le problème global. Ce que je vois aussi, c’est que vous tentez par tous les moyens d’amoindrir les problèmes que causent les pratiques capitalistes en les déformant pour qu’ils paraissent corrects. Ce n’est pas correct de faire travailler des enfants, ni ici, ni là-bas, c’est le système qui doit changer, pas notre regard.
Tiens, qu’est-ce que ce serait que mondialement le travail des enfants soit interdit et qu’alors leurs parents puissent travailler à des salaires décents pour que quiconque travaille, et donc participe au profit d’une entreprise, puisse s’élever au-dessus de la pauvreté. Alors, la mondialisation me semblerait déjà un peu plus positive. Et il ne faut pas oublier que l’éducation est aussi un vecteur de richesse, qui je pense devrais être plus mis de l’avant, surtout là-bas. Même ici (pensons au nombre de jeunes qui décrochent parce qu’ils veulent tout de suite se payer les bébelles que la pub et les effets de mode leur ont mis dans la tête!).
Mais il ne faut pas se leurrer, dans tout le calcul qui commence de la matière première jusqu’à ce que tu aies ta paire de souliers de course fabriquée par des enfants dans un pays du tiers-monde, il y a beaucoup plus de problèmes que le seul fait de faire travailler des enfants. Et je pense à tout ça en même temps, je globalise, enfin je tente de le faire.
Alors, ce que je comprends, c’est que l’éthique de ces entreprises ne pourrait être remise en question?
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Entendons-nous: l’économie carburera toujours sur l’argent et l’échange de biens et services. Ça fonctionne ainsi depuis l’invention du troc. Il est aussi évident que pour qu’une compagnie soit rentable, elle doit faire un profit. Je sais que je ne te convaincrai pas, mais pour qu’un pays passe de la simple économie de subsistance à un niveau supérieur, ce passage n’est pas nécessairement facile.
Les conditions d’extrême pauvreté de ces pays existaient bien avant que les méchants exploiteurs capitalistes s’y pointent le nez. Les enfant travaillaient tout simplement sur la ferme familiale. En ont-ils (les exploiteurs) profité? Absolument! Mais ce faisant, ils ont aussi généré des emplois qui sont la plupart du temps mieux rémunérés que la moyenne de cet endroit. Personne n’a forcé ces gens à travailler dans ces usines. Ils le font parce que la paye y est relativement bonne. Ceci étant dit, dans beaucoup de pays pauvres, la population adulte est beaucoup moindre que les enfants et ils ont une pénurie de main d’oeuvre. Le système que tu condamne est pourtant la clef qui les sortira de la pauvreté. Demande-toi pourquoi nous n’avons plus d’enfants qui travaillent ici, alors que c’était monnaie courante il y a moins de 100 ans? Est-ce parce que nous avons votés des lois? Essaie encore, car lorsque des lois furent votées pour interdire le travail juvénile, ce n’était déjà plus un problème. Il n’y avait déjà presque plus d’enfants au travail. Nous étions assez riches pour subvenir aux besoins de nos familles et de les envoyer à l’école. Déjà des pays émergents comme l’Inde démontrent comment le système a haussé leur niveau de vie, qui n’était pas vraiment plus élevé que celui du Bengladesh. Bientôt eux aussi pourrons envoyer leurs enfants à l’école plutôt qu’au travail. Il y a encore beaucoup d’enfants au travail en Inde, malgré le fait qu’ils aient une loi bannissant cette pratique pour les enfants de moins de 14 ans. C’est un travail de longue haleine qui ne se résout pas par le simple passage d’une loi ou le boycott d’un produit.
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