Aujourd’hui dans l’Histoire: Hiroshima 6 août 1945

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Photo Wikipedia: Champignon atomique de HiroshimaLe 6 août 1945 est une date qui sera à jamais gravée dans l’Histoire pour plusieures raisons. C’est la date de notre entrée dans « l’ère atomique »,  c’est aussi la date où d’un seul souffle, des dizaines de milliers de vies se sont éteintes et d’autres transformées à jamais.

Était-ce nécessaire?

Au moment de la conférence de Potsdam, il était évident que le Japon, ne pouvait plus tenir bien longtemps. Les batailles des Iles Mariannes, d’Iwo Jima et d’Okinawa ont eu raison de la puissance navale du Japon et il ne leur reste plus que quelques navires de défense côtière, et leur flotte de sous-marins, quasi intacte. Leur force de défense aérienne est de beaucoup réduite et les alliés ont la supériorité aérienne au-dessus du Japon et peuvent le bombarder à leur guise. La production industrielle japonaise commençait à souffrir de pénurie de matières premières, grâce aux sous-marins américains qui avaient réussi à étrangler les voies maritimes entre le Japon et ses conquêtes. Bref, même les japonais savaient que ce n’était qu’une question de temps et qu’ils ne pouvaient plus gagner la guerre. Alors pourquoi était-ce donc nécessaire de larguer une bombe nucléaire pour contraindre une reddition du Japon? Cette question est au centre de beaucoup de débats et le restera assurément pendant très longtemps. Dans mon esprit, les alliés ne pouvaient pas faire autrement.

Les critiques.

Les États-Unis on longuement été critiqués pour avoir largué la bombe sur Hiroshima et Nagasaki. Plusieurs croient que ce n’était pas nécessaire, que ce fût une tuerie gratuite. Leurs argument sont que le Japon était déjà vaincu, qu’il essayaient déjà d’entamer des pourparlers de paix, que la demande de reddition inconditionnelle des alliés était déraisonnable et aussi que les États-Unis ont voulu se venger de l’attaque de Pearl Harbor et démontrer leur puissance pour faire peur à Staline. Ces critiques sont passablement injustes pour plusieures raisons. Si c’est vrai que la bombe a été larguée par un bombadier américain, la décision politique qui a autorisé l’utilisation de la bombe atomique fût une décision conjointe des gouvernements américains et brittaniques. La décision ne reposait pas sur les seules épaules de Truman. Churchill le rapportait lui-même dans son livre « Triumph and Tragedy », que de toutes les personnes qui étaient réunies à Potsdam quand la décision fût prise, dont Churchill lui-même, aucune n’était en désaccord.  Le projet Manhattan qui a développé la bombe était effectivement un développement conjoint auquel ont participé les É-U, la G-B et le Canada. Il était donc normal que l’utilisation subséquente de cette arme se fasse dans le consentement général de toutes les nations impliquées. Ce n’est donc pas au seul gouvernement américain de porter l’odieux de la chose. Il est également vrai que les japonais ont aussi approché les russes pour servir de médiateur afin de négocier la fin de la guerre. Cependant, les japonais n’étaient nullement intéressés à la reddition inconditionnelle et cherchaient à obtenir non seulement la préservation de l’Empereur, mais du régime militariste qui avait déclenché la guerre, la poursuite des criminels de guerre par des tribunaux japonais et la non-occupation du Japon par des troupes alliées. Conditions qui ne pouvaient pas possiblement être acceptables aux alliés et Staline les a poliment envoyer paître.

Le raisonnement des alliés.

Pour bien comprendre la motivation des gouvernements alliés, il faut analyser toutes les données en cause. La déclassification récente des interceptions alliées des communications des pays de l’Axe a jeté beaucoup de lumière à ce sujet. Ainsi, nous savons aujourd’hui que grâce à leur services d’écoute et de décryptage,  Truman, Churchill et leurs conseillers savaient à peu près tout ce que les japonais faisaient.  Aussi savaient-ils que malgré les ouvertures du Japon envers l’URSS pour médier la paix, des préparatifs avaient lieu pour continuer la guerre. Les stratèges japonais, ayant bien deviné les points d’un éventuel débarquement allié, avaient élaboré un plan conjoint pour rendre ce débarquement coûteux au point de faire fléchir l’opinion publique américaine et forcer les alliés à accepter des meilleurs termes. Cette opération nommée « Ketsu go » aurait utilisé les dernières ressources disponible pour construire des milliers d’avions kamikaze. Il planifiaient aussi utiliser ce qui leur restait de force navale et sous-marine pour, conjointement avec les kamikazes, couler la flotte alliée au large. Ils avaient aussi massé des troupes dans un réseau complexe de défense sur les plages qui auraent servi de point de débarquement des alliés.  Ayant déjà constaté la ténacité et le fanatisme des défenseurs de Saipan, Iwo Jima et Okinawa, les alliés pouvaient facilement entrevoir quel carnage aurait lieu, s’ils devaient envahir le Japon.  Les japonais n’étaient non seulement pas prêts à se rendre, ils s’apprêtaient à chèrement vendre leur peau. Ayant ces informations en main, et le télégramme des résultat du test de Trinity, il ne restait guère de choix aux leaders alliés à Potsdam.

The President invited me to confer with him forthwith. He had with him General Marshall and Admiral Leahy. Up to this moment we had shaped our ideas towards an assault upon the homeland of Japan by terrific air bombing and by the invasion of very large armies. We had contemplated the desperate resistance of the Japanese fighting to the death with Samurai devotion, not only in pitched battles, but in every cave and dug-out. I had in my mind the spectacle of Okinawa island where many thousands of Japanese, rather than surrender, had drawn up in line and destroyed themselves by hand-grenades after their leaders had solemnly performes the rite of hara-kiri. To quell Japanese resistance man-by-man and conquer the country yard by yard might well require the loss of a million American lives and half that many of British- or more if we could get them there: for we were resolved to share the agony. Now all this nightmare picture had vanished. In its place was the vision- fair and bright it seemed- of the end of the whole war in one or two violent shocks. I thought immediately myself of how the Japanese people, whose courage I had always admired, might find in the apparition of this almost supernatural weapon an excuse which would save their honour and release them from their obligation of being killed to the last fighting man.

Moreover, we should not need the Russians. The end of the Japanese war no longer depended upon the pouring of their armies for the final and perhaps protracted slaughter. (…) At any rate, there never was a moment’s discussion as to wether the atomic bomb should be used or not. To avert a vast, indefinite butchery, to bring the war to an end, to give peace to the world, to lay healing hands upon its tortured peoples by a manifestation of overwhelming power at the cost of a few explosions, seemed, after all out toils and perils, a miracle of deliverance.  - Sir Winston Churchill – Triumph and tragedy

Ce passage du livre de Churchill explique bien la pensée des leader alliés au moment où ils ont pris leur décision.  Churchill s’attendait à ce qu’une invasion du Japon coûte la vie à au-dessus d’un million et demi de soldats alliés.  S’il s’attendait à un si grand coût, c’est qu’il savait ce que les japonais préparaient. Il est à noter que la participation brittanique à ce débarquement aurait très certainement compris des troupes canadiennes et australiennes. Churchill souligne également qu’en aucun moment il a été question de ne pas utiliser la bombe. Il pourrait être facile de dire que si la proclamation de Potsdam avait explicitement sauvegardé la position de l’Empereur que le gouvernement Japonais se serait rendu, sans le besoin de larguer la bombe ou d’envahir les îles japonaises, mais ce serait faux. Les militaristes résistaient toujours à la reddition, même après le bombardement de Nagasaki. En fait, avec les informations qu’ils détenaient, Truman et Churchill n’avaient pas le luxe de faire des suppositions et de s’appuyer sur des incertitudes. La guerre avait déjà duré trop longtemps et avait déjà coûté trop de vies humaines pour ne pas vouloir l’écourter quand on en voit la possiblité.

Considérant que des centaines de milliers de civils mouraient encore à chaque mois dans les territoires encore occupés par les japonais; que le gouvernement du Japon avait refusé les termes de la Proclamation de Potsdam, malgré la mise en garde d’une destruction rapide et complète; que les japonais essayaient de monter une défense farouche de leurs îles qui aurait couté des millions de vies de part et d’autre et aussi que la guerre avait déjà coûté plus de 17 millions de vie dans le seul théatre du Pacifique; les alliés ne pouvaient pas se permettre d’attendre que le gouvernement du Japon réalise que la partie était déjà perdue et rende les armes dans des conditions qui préviendrait une remilitarisation future de celui-ci. Le Japon devait non seulement se rendre, mais être désarmé et reconstitué de façon à ce qu’il ne puisse plus jamais mener une autre guerre de conquête et  tout comme les Nazis, les japonais devaient aussi répondre de leurs crimes. C’est pourquoi les alliés ne pouvaient accepter rien de moins que la reddition inconditionnelle. Les alliés savaient que la bombe atomique tuerait un grand nombre de civils, peu importe où ils la larguaient.  Les cibles étaient justement choisies pour un impact psychologique maximum. Cinq cibles possibles avaient été choisies pour la première bombe selon leur taille, la qualité du terrain et le fait qu’elles n’avaient pas encore été bombardées: Kyoto, Hiroshima, Yokohama, Kokura et Niigata.

Cet extrait du procès-verbal de la 2e rencontre du comité de ciblage décrit Hiroshima comme suit:

Hiroshima – This is an important army depot and port of embarkation in the middle of an urban industrial area. It is a good radar target and it is such a size that a large part of the city could be extensively damaged. There are adjacent hills which are likely to produce a focussing effect which would considerably increase the blast damage. Due to rivers it is not a good incendiary target. (Classified as an AA Target)

Cette description démontre sans équivoque qu’Hiroshima avait aussi une valeur comme cible militaire. Ce n’était pas comme si on avait ciblé une ville sans importance stratégique. Mais ultimement, ce fût le hasard qui a scellé le sort d’Hiroshima. Lorsque l’Enola Gay est arrivé au large du Japon, c’était la seule cible qui n’était pas sous les nuages. Aussi déplorable que ce la puisse être, les victimes d’Hiroshima et Nagasaki étaient le prix d’une paix immédiate et durable. Considérant les alternatives, c’était un petit prix à payer.

Bibliographie et acticles complémentaires:

Triumph and Tragedy – Sir Winston Churchill
Wikipedia: The Manhattan Project
Minutes of the second meeting of the Target Committee
The Atomic Bombings of Hiroshima and Nagasaki-Total Casualties
Potsdam Proclamation
Why Truman Dropped the Bomb
OPERATION KETSU-GO

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A propos de l'auteur

Philippe

Mon nom est Philippe. J'habite sur la rive sud de Montréal. Je suis un technicien en informatique qui aime discuter de toute sorte de sujets. Bienvenue sur mon blogue!

3 Réponses à “Aujourd’hui dans l’Histoire: Hiroshima 6 août 1945”

  1. M. David,
    Je viens de découvrir votre site après que vous m’ayez laissé un commentaire et je suis agréablement surpris par le détail de cet article. Félicitation et je vais prendre le temps dans les prochaines semaines de lire vos différents textes!
    Meilleurs salutations!

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  2. Bienvenue sur mon blogue François. Très heureux qu’il t’aie plu. J’ai certainement l’intention de pondre d’autres textes similaire, puisque je suis un fanatique d’Histoire. Comme ils disent à la télé: « Stay tuned ».

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  3. Oui je vais effectivement rester « Tuned »

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