Une part du gâteau
Récemment, j’ai pris part à une discussion sur Un homme en colère qui critiquait cet éditorial d’André Pratte de La Presse. André Pratte, en bon membre des lucides, y applaudit la politique de revalorisation du travail en France de Nicolas Sarkozy et s’interroge pourquoi en contrepartie, lorsque quelqu’un comme Lucien Bouchard propose quelque chose de similaire au Québec, on lui lance des briques plutôt que des fleurs. On ne sera pas surpris d’apprendre que sont message a été très mal accueilli sur UHEC, où on l’a accusé de vouloir pousser les salariés à travailler plus fort au profit de ses patrons de Power Corp. et de leur clique. C’est d’ailleurs souvent comment les choses retournent dans le prisme gauchiste. Par contre, dans les commentaires, un des blogueurs a soumis cette étude du CCPA en soutien de sa thèse que si les salariés travaillent plus, comme le souhaitent Lucien Bouchard, André Pratte et le reste des lucides, ils ne gagneront pas plus, mais contribueront tout simplement à bourrer les poches de leurs patrons. L’étude démontre en effet que si, dans les trente dernières années, notre économie et les profits des compagnies n’ont cessé de croître, les salaires réels des salariés sont restés stagnants. La conclusion du blogueur: les patrons volent les employés. Ce n’est pas tout à fait vrai, mais ce n’est pas tout à fait faux.
L’étude montre effectivement que, malgré une augmentation de la productivité des employés, la courbe d’augmentation de leur salaire ne suit pas celle de l’augmentation des profits de leurs employeurs, ce qui signifierait qu’ils n’obtiennent pas leur juste part. Par contre, ils sont aussi à un certain point isolés de certains des risques que doivent prendre leurs patrons. Je vais tenter de l’illustrer avec une analogie. Imaginez que vous assistez à un grand tournoi de poker. Dans ce tournoi, vous y trouverez trois catégories de personnes: Les gros joueurs, les petits joueurs et les spectateurs.
Les gros joueurs: Il sont les professionnels. Ils connaissent toutes les règles et toutes les finesses du jeu. Ils savent quand miser gros et quand il faut jeter leur jeu et attendre la prochaine main. Ils gagnent plus souvent qu’ils ne perdent, mais quand ils perdent, ils perdent des sommes énormes, parfois des fortunes. Ils représentent les PDG et membres de conseils d’administration.
Les petits joueurs: Il sont des amateurs. Ils connaissent les règles assez bien pour jouer le jeu, mais pas assez pour avoir le succès des gros joueurs. Ils représentent ici les petits actionnaires.
Les spectateurs: Ce sont ceux qui se contentent de payer l’admission pour regarder les autres jouer. Puisqu’ils ne prennent pas part au jeu, ils ne gagnent, ni ne perdent rien, sauf le prix de l’admission si le tournoi coupe court ou est annulé. La plupart connaissent mal les règles du jeu, mais certains se permettent d’être des gérants d’estrade et critiquent surtout les gros joueur, les accusant parfois de tricherie. Ce sont les salariés.
S’il y a une iniquité entre les salariés et leur patron, c’est surtout parce que les salariés se contentent d’observer le jeu des patrons sans j’amais s’asseoir à la table, là où le vrai argent se trouve. Les salaires sont souvent fixés selon le marché du travail. Le salaire minimum est souvent fixé arbitrairement. Les emplois spécialisés commandent de plus gros salaires selon l’abondance ou la rareté de la main d’oeuvre qualifiée. La seule chose qui peut faire monter les salaires dans un domaine ou un autre est si la demande dépasse l’offre. Les petits salariés souffrent plus de cette iniquité parce qu’ils font en général partie de la main d’oeuvre non qualifiée pour laquelle la demande est basse. La fixation des salaires n’a donc aucun rapport avec la prospérité de l’entreprise. Ainsi, une compagnie peut se voir obligée d’offir un gros salaire à des employés spécialisés, peu importe le niveau de profit, à cause d’un manque de main d’oeuvre qualifiée. Dans bien des cas même, les salaires et augmentations sont à l’intérieur du cadre rigide d’une convention collective qui ne permet pas de récompenser un employé selon sa productivité. On pourrait donc considérer que le syndicalisme, dans certains cas peut être un handicap. Pour vraiment profiter des fruit de leurs labeurs, les salariés doivent descendre des estrades et entrer dans le jeu comme les petits investisseurs. Cependant, ça comporte un risque. Si les employés bénificient d’un plan quelconque de partage des profits, comme un plan d’achat d’actions par exemple, ils sont alors directement impliqués dans la performance de leur compagnie. Ils feront des gains si la compagnie performe bien ou essuieront des pertes si les choses tournent mal. Mais si les salariés persistent à demeurer des spectateurs, ils continueront de faire le même argent selon leur échelle de salaire, peu importe si la compagnie performe bien ou mal.
Nous faisons tous des choix. Certains préfèrent vivre en spectateurs. Leur niveau de vie est plus modeste parce que leur responsabilité l’est aussi. D’autre vont prendre des risques et jouer au jeu. Leur récompense est proportionnelle à leur connaissance des règles et leurs abilités. Si nous décidons d’être les spectateurs, ce n’est ni la faute des patrons, ni celle des petits investisseurs. Si vous voulez une part du gâteau, il vous appartient d’aller la chercher.









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Même si elle sert bien ton propos, la comparaison avec le poker ne va pas plus loin que son côté accessoire. Je ne pense pas qu’il y ait de comparaison à faire avec la complexité de la société, car elle serait toujours réductrice à quelques données, que je conviens appréciable, mais qui ne pourrais être globale. La preuve, tu nous donnes et nous fait miroiter la possibilité d’un rôle qui ne pourrait pas tous nous convenir, même dans le meilleur des mondes : les humains sont tellement différents. La société n’est pas une mise en scène, il y a de vraies gens qui souffrent, de l’ignorance qui demanderait à être éduquée et surtout, un peu plus de responsabilités à prendre pour les privilégiés.
Ma pensée « de gauche » ne m’empêchera jamais de vouloir ma part du gâteau, sauf que je me demande s’il est possible d’au moins considérer un peu dans le partage ceux qui ne connaissent même pas l’existence de ce gâteau…
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Excellent point Renart, peut-être devrait-on les éduquer?
Mon analogie du tournoi de poker voulait seulement simplifier une situation complexe pour en faciliter la compréhension.
Au bout du compte, le système est là. On peut le décrier ou on peut le faire fonctionner pour nous. À nous le choix.
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